Les Français, la galère amirale en tête, vont essayer de forcer le passage. Je double les chaînes du barrage, en leur laissant assez de longueur pour que la flotte se trouve engagée au milieu de vos barques et de vos vaisseaux. Alors, de vos barques et de vos vaisseaux, les vingt braves que j'y ai laissés jettent des grappins, et, les grappins jetés, ils fuient dans une barque après avoir mis le feu à votre barrage chargé de matières inflammables.
— Et, vous l'entendez, s'écria le Taciturne, la flotte française brûle tout entière.
— Oui, tout entière, dit l'inconnu; alors, plus de retraite par mer, plus de retraite à travers les polders, car vous lâchez les écluses de Malines, de Berchem, de Lier, de Duffel et d'Anvers. Repoussés d'abord par vous, poursuivis par vos digues rompues, enveloppés de tous les côtés par cette marée inattendue et toujours montante, par cette mer qui n'aura qu'un flux et pas de reflux, les Français seront tous noyés, abîmés, anéantis.
Les officiers poussèrent un cri de joie.
— Il n'y a qu'un inconvénient, dit le prince.
— Lequel, monseigneur? demanda l'inconnu.
— C'est qu'il faudrait toute une journée pour expédier les ordres différents aux différentes villes, et que nous n'avons qu'une heure.
— Une heure suffit, répondit celui qu'on appelait monseigneur.
— Mais qui préviendra la flottille?
— Elle est prévenue.