Et, comme un faucheur entamant un champ de blé, son épée tournoyait dans l'air et s'abattait, couchant devant lui sa moisson d'hommes; le faible favori, le cybarite délicat, semblait avoir revêtu avec sa cuirasse la force fabuleuse de l'Hercule néméen.

Et l'infanterie qui entendait cette voix dominant la rumeur, qui voyait cette épée éclairant la nuit, l'infanterie reprenait courage, et, comme la cavalerie, faisait un nouvel effort et revenait au combat.

Mais alors l'homme qu'on appelait monseigneur sortit de la ville sur un beau cheval noir.

Il portait des armes noires, c'est-à-dire le casque, les brassards, la cuirasse et les cuissards d'acier bruni; il était suivi de cinq cents cavaliers bien montés qu'avait mis sous ses ordres le prince d'Orange.

De son côté, Guillaume le Taciturne, par la porte parallèle, sortait avec son infanterie d'élite, qui n'avait pas encore donné.

Le cavalier aux armes noires courut au plus pressé: c'était à l'endroit où
Joyeuse combattait avec ses marins.

Les Flamands le reconnaissaient et s'écartaient devant lui en criant joyeusement: Monseigneur! monseigneur! Joyeuse et ses marins sentirent l'ennemi fléchir; ils entendirent ces cris, et tout à coup ils se trouvèrent en face de cette nouvelle troupe, qui leur apparaissait subitement comme par enchantement.

Joyeuse, poussa son cheval sur le cavalier noir, et tous deux se heurtèrent avec un sombre acharnement.

Du premier choc de leurs épées se dégagea une gerbe d'étincelles.

Joyeuse, confiant dans la trempe de son armure et dans sa science de l'escrime, porta de rudes coups qui furent habilement parés. En même temps un des coups de son adversaire le toucha en pleine poitrine, et, glissant sur la cuirasse, alla, au défaut de l'armure, lui tirer quelques goûtes de sang de l'épaule.