Les soldats et les officiers voulurent imiter leur chef et s'éparpillèrent dans les deux bourgs que nous venons de nommer; mais ils virent avec une surprise mêlée d'effroi que toutes les maisons étaient désertes, et que les habitants en avaient à peu près emporté toutes les provisions.
Le comte de Saint-Aignan cherchait fortune comme les autres; cette insouciance du duc d'Anjou, à l'heure même où tant de braves gens mouraient pour lui, répugnait à son esprit, et il s'était éloigné du prince.
Il était de ceux qui disaient:
« Le misérable n'a pas de coeur! »
Il visita, pour son compte, deux ou trois maisons qu'il trouva vides; il frappait à la porte d'une quatrième, quand on vint lui dire qu'à deux lieues à la ronde, c'est-à-dire dans le cercle du pays que l'on occupait, toutes les maisons étaient ainsi.
A cette nouvelle, M. de Saint-Aignan fronça le sourcil et fit sa grimace ordinaire.
[Illustration: Il la lança dans le poste. — PAGE 37.]
— En route, messieurs, en route! dit-il aux officiers.
— Mais, répondirent ceux-ci, nous sommes harassés, mourant de faim, général.
— Oui; mais vous êtes vivants, et si vous restez ici une heure de plus, vous êtes morts; peut-être est-il déjà trop tard.