Remy prit la gaffe et, debout à l'avant, s'occupa d'écarter les poutres et les madriers contre lesquels la barque pouvait se heurter.
Grâce à la force de Henri, grâce à l'adresse de Remy, on aborda ou plutôt on fut jeté contre la colline.
Remy sauta à terre et saisit la chaîne de la barque, qu'il tira vers lui.
Henri s'avança pour prendre la dame entre ses bras; mais elle étendit la main et, se levant seule, elle sauta à terre.
Henri poussa un soupir; un instant il eut l'idée de se rejeter dans l'abîme et de mourir à ses yeux; mais un irrésistible sentiment l'enchaînait à la vie, tant qu'il voyait cette femme, dont il avait si longtemps désiré la présence sans l'obtenir jamais.
Il tira la barque à terre et alla s'asseoir à dix pas de la dame et de Remy, livide, dégouttant d'une eau qui s'échappait de ses habits, plus douloureuse que le sang.
Ils étaient sauvés du danger le plus pressant, c'est-à-dire de l'eau; l'inondation, si forte qu'elle fût, ne monterait jamais à la hauteur de la colline.
Au-dessous d'eux, dès lors, ils pouvaient contempler cette grande colère des flots, qui n'a de colère au-dessus d'elle que celle de Dieu.
Henri regardait passer cette eau rapide, grondante, qui charriait des amas de cadavres français, près d'eux, leurs chevaux et leurs armes.
Remy ressentait une vive douleur à l'épaule; un madrier flottant l'avait atteint au moment où son cheval s'était dérobé sous lui.