Les deux frères échangèrent quelques mots trempés de larmes; puis le premier:

— Et le duc? demanda Joyeuse à Henri.

— Il est mort, à ce qu'il paraît, répondit celui-ci.

— La nouvelle est-elle sûre?

— Les gendarmes d'Aunis ont vu son cheval noyé et l'ont reconnu à un signe. Ce cheval tirait encore à son étrier un cavalier dont la tête était enfoncée sous l'eau.

— Voilà un sombre jour pour la France, dit l'amiral.

Puis, se retournant vers ses gens:

— Allons, messieurs, dit-il à haute voix, ne perdons pas de temps. Une fois les eaux écoulées, nous serons attaqués très probablement; retranchons-nous jusqu'à ce qu'il nous soit arrivé des nouvelles et des vivres.

— Mais, monseigneur, répondit une voix, la cavalerie ne pourra marcher; les chevaux n'ont point mangé depuis hier quatre heures, et les pauvres bêtes meurent de faim.

— Il y a du grain dans notre campement, dit l'enseigne; mais comment ferons-nous pour les hommes?