—Venez, messieurs, venez, dit tout haut d’Artagnan; je n’ai aucun motif de défendre monsieur. Je l’ai vu aujourd’hui pour la première fois, et encore à quelle occasion, il vous le dira lui-même, pour me venir réclamer le prix de mon loyer. Est-ce vrai, monsieur Bonacieux? Répondez?

—C’est la vérité pure, s’écria le mercier, mais monsieur ne vous dit pas...

—Silence sur moi, silence sur mes amis, silence sur la reine surtout, ou vous perdriez tout le monde sans vous sauver. Allez, allez, messieurs, emmenez cet homme!

Et d’Artagnan poussa le mercier tout étourdi aux mains des gardes, en lui disant:

—Vous êtes un maraud, mon cher; vous venez me demander de l’argent, à moi! à un mousquetaire! En prison! Messieurs, encore une fois, emmenez-le en prison, et gardez-le sous clé le plus longtemps possible, cela me donnera du temps pour payer.

Les sbires se confondirent en remerciements et emmenèrent leur proie.

Au moment où ils descendaient, d’Artagnan frappa sur l’épaule du chef:

—Ne boirai-je pas à votre santé et vous à la mienne? dit-il en remplissant deux verres du vin de Beaugency qu’il tenait de la libéralité de M. Bonacieux.

—Ce sera bien de l’honneur pour moi, dit le chef des sbires, et j’accepte avec reconnaissance.

—Donc, à la vôtre, monsieur... comment vous nommez-vous?