Mais au grand étonnement de d’Artagnan, le volet resta fermé. De plus, la lumière qui avait flamboyé un instant disparut et tout rentra dans l’obscurité.
D’Artagnan pensa que cela ne pouvait durer ainsi, et continua de regarder de tous ses yeux et d’écouter de toutes ses oreilles.
Il avait raison: au bout de quelques secondes deux coups secs retentirent dans l’intérieur.
La jeune femme de la rue répondit par un seul coup et le volet s’entr’ouvrit.
On juge si d’Artagnan regardait et écoutait avec avidité.
Malheureusement la lumière avait été transportée dans un autre appartement. Mais les yeux du jeune homme s’étaient habitués à l’obscurité. D’ailleurs les yeux des Gascons ont, à ce qu’on assure, comme ceux des chats, la propriété de voir pendant la nuit.
D’Artagnan vit donc que la jeune femme tirait de sa poche un objet blanc qu’elle déploya vivement et qui prit la forme d’un mouchoir. Cet objet déployé, elle en fit remarquer le coin à son interlocuteur.
Cela rappela à d’Artagnan ce mouchoir qu’il avait trouvé aux pieds de madame Bonacieux, lequel lui avait rappelé celui qu’il avait trouvé aux pieds d’Aramis.
Que diable pouvait donc signifier ce mouchoir?
Placé où il était, d’Artagnan ne pouvait voir le visage d’Aramis, parce que le jeune homme ne faisait aucun doute que ce fût son ami qui dialoguât de l’intérieur avec la dame de l’extérieur; la curiosité l’emporta donc sur la prudence, et profitant de la préoccupation dans laquelle la vue du mouchoir paraissait plonger les deux personnages que nous avons mis en scène, il sortit de sa cachette, et, prompt comme l’éclair, mais étouffant le bruit de ses pas, il alla se coller à un angle de la muraille, d’où son œil pouvait parfaitement plonger dans l’intérieur de l’appartement d’Aramis.