Cependant d’Artagnan, étourdi, atterré, anéanti par tout ce qui lui arrivait, restait debout les bras croisés devant le mousquetaire et madame Bonacieux.

Le mousquetaire fit deux pas en avant et écarta d’Artagnan avec la main.

D’Artagnan fit un bond en arrière et tira son épée.

En même temps et avec la rapidité de l’éclair l’inconnu tira la sienne.

—Au nom du ciel, milord! s’écria madame Bonacieux en se jetant entre les deux combattants et prenant les épées à pleines mains.

—Milord! s’écria d’Artagnan illuminé d’une idée subite, milord! pardon, monsieur; mais est-ce que vous seriez?...

—Milord duc de Buckingham, dit madame Bonacieux à demi-voix; et maintenant vous pouvez nous perdre tous.

—Milord, madame, pardon, cent fois pardon; mais je l’aimais, milord, et j’étais jaloux; vous savez ce que c’est que d’aimer, milord; pardonnez-moi et dites-moi comment je puis me faire tuer pour Votre Grâce.

—Vous êtes un brave jeune homme, dit Buckingham en tendant à d’Artagnan une main que celui-ci serra respectueusement; vous m’offrez vos services, je les accepte; suivez-nous à vingt pas jusqu’au Louvre; et si quelqu’un nous épie, tuez-le!

D’Artagnan mit son épée nue sous son bras, laissa prendre à madame Bonacieux et au duc vingt pas d’avance, et les suivit, prêt à exécuter à la lettre les instructions du noble et élégant ministre de Charles Ier.