Sa peau était citée pour sa douceur et son velouté, sa main et ses bras étaient d’une beauté surprenante, et tous les poètes du temps les chantaient comme incomparables.
Enfin ses cheveux, qui, de blonds qu’ils étaient dans sa jeunesse, étaient devenus châtains, et qu’elle portait frisés très clair et avec beaucoup de poudre, encadraient admirablement son visage, auquel le censeur le plus rigide n’eût pu souhaiter qu’un peu moins de rouge, et le statuaire le plus exigeant qu’un peu plus de finesse dans le nez.
Buckingham resta un instant ébloui; jamais Anne d’Autriche ne lui était apparue aussi belle, au milieu des bals, des fêtes, des carrousels, qu’elle lui apparut en ce moment, vêtue d’une simple robe de satin blanc et accompagnée de doña Estefania, la seule de ses femmes espagnoles qui n’eût pas été chassée par la jalousie du roi et par les persécutions de Richelieu.
Anne d’Autriche fit deux pas en avant; Buckingham se précipita à ses genoux, et avant que la reine eût pu l’en empêcher, il baisa le bas de sa robe.
—Duc, vous savez déjà que ce n’est pas moi qui vous ai fait écrire.
—Oh! oui, madame, oui, Votre Majesté, s’écria le duc; je sais que j’ai été un fou, un insensé, de croire que la neige s’animerait, que le marbre s’échaufferait; mais que voulez-vous, quand on aime, on croit facilement à l’amour; d’ailleurs, je n’ai pas tout perdu à ce voyage, puisque je vous vois.
—Oui, répondit Anne, mais vous savez pourquoi et comment je vous vois, parce qu’insensible à toutes mes peines, vous vous êtes obstiné à rester dans une ville où, en restant, vous courez risque de la vie et me faites courir risque de mon honneur: je vous vois pour vous dire que tout nous sépare, les profondeurs de la mer, l’inimitié des royaumes, la sainteté des serments. Il est sacrilège de lutter contre tant de choses, milord. Je vous vois enfin pour vous dire qu’il ne faut plus nous voir.
—Parlez, madame, parlez, reine, dit Buckingham; la douceur de votre voix couvre la dureté de vos paroles. Vous parlez de sacrilège! mais le sacrilège est dans la séparation des cœurs que Dieu avait formés l’un pour l’autre.