—Non, pardieu, non! Conspirer contre mon honneur avec madame de Chevreuse, madame de Longueville et les Condé!
—Oh! sire, quelle idée! La reine est trop sage, et surtout aime trop Votre Majesté.
—La femme est faible, monsieur le cardinal, dit le roi; et quant à m’aimer beaucoup, j’ai mon opinion faite sur cet amour.
—Je n’en maintiens pas moins, dit le cardinal, que le duc de Buckingham est venu à Paris pour un projet tout politique.
—Et moi je suis sûr qu’il est venu pour autre chose, monsieur le cardinal; mais si la reine est coupable, qu’elle tremble!
—Au fait, dit le cardinal, quelque répugnance que j’aie à arrêter mon esprit sur une pareille trahison, Votre Majesté m’y fait penser: madame de Lannoy, que, d’après l’ordre de Votre Majesté, j’ai interrogée plusieurs fois, m’a dit ce matin que la nuit avant celle-ci Sa Majesté avait veillé fort tard, que ce matin elle avait beaucoup pleuré et que toute la journée elle avait écrit.
—C’est cela, dit le roi; à lui sans doute. Cardinal, il me faut les papiers de la reine.
—Mais comment les prendre, sire? Il me semble que ce n’est ni moi ni Votre Majesté qui pouvons nous charger d’une pareille mission.
—Comment s’y est-on pris pour la maréchale d’Ancre? s’écria le roi au plus haut degré de la colère; on a fouillé ses armoires, et enfin on l’a fouillée elle-même.
—La maréchale d’Ancre n’était que la maréchale d’Ancre, une aventurière florentine, sire, voilà tout, tandis que l’auguste épouse de Votre Majesté est Anne d’Autriche, reine de France, c’est-à-dire une des plus grandes princesses du monde.