—Et vous vous êtes rendu à son invitation, imprudent que vous êtes.
—Je dois dire que je n’avais pas le choix de m’y rendre ou de ne pas m’y rendre, car j’étais entre deux gardes. Il est vrai encore de dire que comme alors je ne connaissais pas Son Éminence, si j’avais pu me dispenser de cette visite, j’en eusse été fort enchanté.
—Il vous a donc maltraité? il vous a donc fait des menaces?
—Il m’a tendu la main et m’a appelé son ami,—son ami! entendez-vous, madame?—je suis l’ami du grand cardinal!
—Du grand cardinal!
—Lui contesteriez-vous ce titre, par hasard, madame?
—Je ne lui conteste rien, mais je vous dis que la faveur d’un ministre est éphémère, et qu’il faut être fou pour s’attacher à un ministre, il est des pouvoirs au-dessus du sien, qui ne reposent pas sur le caprice d’un homme ou l’issue d’un événement, c’est à ces pouvoirs qu’il faut se rallier.
—J’en suis fâché, madame, mais je ne connais pas d’autre pouvoir que celui du grand homme que j’ai l’honneur de servir.
—Vous servez le cardinal?
—Oui, madame, et comme son serviteur, je ne permettrai pas que vous vous livriez à des complots contre la sûreté de l’État, et que vous serviez, vous, les intrigues d’une femme qui n’est pas Française et qui a le cœur espagnol. Heureusement, le grand cardinal est là, son regard vigilant surveille et pénètre jusqu’au fond du cœur.