—Quelqu’un a-t-il apporté une lettre pour moi? demanda vivement d’Artagnan.

—Personne n’a apporté de lettre, monsieur, répondit Planchet; mais il y en a une qui est venue toute seule.

—Que veux-tu dire, imbécile?

—Je veux dire qu’en rentrant, quoique j’eusse la clé de votre appartement dans ma poche et que cette clé ne m’eût point quitté, j’ai trouvé une lettre sur le tapis vert de la table, dans votre chambre à coucher.

—Et où est cette lettre?

—Je l’ai laissée où elle était, monsieur. Il n’est pas naturel que les lettres entrent ainsi chez les gens. Si la fenêtre était ouverte encore, ou seulement entre-bâillée, je ne dis pas; mais non, tout était hermétiquement fermé. Monsieur, prenez garde, car il y a très certainement quelque magie là-dessous.

Pendant ce temps, le jeune homme s’élançait dans la chambre et ouvrait la lettre; elle était de madame Bonacieux et conçue en ces termes:

«On a de vifs remerciements à vous faire et à vous transmettre. Trouvez-vous ce soir vers dix heures à Saint-Cloud, en face du pavillon qui s’élève à l’angle de la maison de M. d’Estrées.

»C. B.»

En lisant cette lettre, d’Artagnan sentait son cœur se dilater et s’étreindre de ce doux spasme qui torture et caresse le cœur des amants.