—Alors vous vous obstinez à poursuivre cette thèse?

—Je me sens appelé à traiter celle-là, et non pas une autre; je vais donc la continuer, et demain j’espère que vous serez satisfait des corrections que j’y aurai faites d’après vos avis.

—Travaillez lentement, dit le curé, nous vous laissons dans des dispositions excellentes.

—Oui, le terrain est tout ensemencé, dit le jésuite, et nous n’avons pas à craindre qu’une partie du grain soit tombée sur la pierre, l’autre sur le bord du chemin, et que les oiseaux du ciel aient mangé le reste, aves cœli comederunt illam.

—Que la peste t’étouffe avec ton latin! dit d’Artagnan, qui se sentait au bout de ses forces.

—Adieu, mon fils, dit le curé, à demain.

—A demain, jeune téméraire, dit le jésuite; vous promettez d’être une des lumières de l’Église; veuille le ciel que cette lumière ne soit pas un feu dévorant!

D’Artagnan, qui pendant une heure s’était rongé les ongles d’impatience, commençait à attaquer la chair.

Les deux hommes noirs se levèrent, saluèrent Aramis et d’Artagnan, et s’avancèrent vers la porte. Bazin, qui s’était tenu debout et qui avait écouté toute cette controverse avec une pieuse jubilation, s’élança vers eux, prit le bréviaire du curé, le missel du jésuite, et marcha respectueusement devant eux pour leur frayer le chemin.

Aramis les conduisit jusqu’au bas de l’escalier et remonta aussitôt près de d’Artagnan, qui rêvait encore.