—J’étais à deux pas de vous, monsieur, répondit la procureuse; mais vous ne m’avez pas aperçue parce que vous n’aviez d’yeux que pour la belle dame à qui vous venez de donner de l’eau bénite.

Porthos feignit d’être embarrassé.

—Ah! dit-il, vous avez remarqué...

—Il eût fallu être aveugle pour ne pas le voir.

—Oui, dit négligemment Porthos, c’est une duchesse de mes amies avec laquelle j’ai grand’peine à me rencontrer à cause de la jalousie de son mari, et qui m’avait fait prévenir qu’elle viendrait aujourd’hui, rien que pour me voir, dans cette chétive église, au fond de ce quartier perdu.

—Monsieur Porthos, dit la procureuse, auriez-vous la bonté de m’offrir le bras pendant cinq minutes? je causerais volontiers avec vous.

—Comment donc, madame, dit Porthos en se clignant de l’œil à lui-même comme un joueur qui rit de la dupe qu’il va faire.

En ce moment d’Artagnan passait poursuivant milady; il jeta un regard de côté sur Porthos et vit ce coup d’œil triomphant.

—Eh! eh! se dit-il à lui-même en raisonnant dans le sens de la morale étrangement facile de cette époque galante, en voici un qui pourrait bien être équipé pour le terme voulu.

Porthos, cédant à la pression du bras de sa procureuse comme une barque cède au gouvernail, arriva au cloître Saint-Magloire, passage peu fréquenté, enfermé d’un tourniquet à ses deux bouts. On n’y voyait, le jour, que mendiants qui mangeaient ou enfants qui jouaient.