Athos, blessé de nouveau par Cahusac, pâlissait à vue d’œil, mais il ne reculait pas d’une semelle: il avait seulement changé son épée de main, et se battait de la main gauche.

D’Artagnan, selon les lois du duel de cette époque, pouvait secourir quelqu’un; pendant qu’il cherchait du regard celui de ses compagnons qui avait besoin de son aide, il surprit un coup d’œil d’Athos. Ce coup d’œil était d’une éloquence sublime. Athos serait mort plutôt que d’appeler au secours; mais il pouvait regarder, et du regard demander un appui.

D’Artagnan le devina, fit un bond terrible, et tomba sur le flanc de Cahusac en criant:

—A moi, monsieur le garde, je vous tue!

Cahusac se retourna; il était temps. Athos, que son extrême courage soutenait seul, tomba sur un genou.

—Sangdieu! criait-il à d’Artagnan, ne le tuez pas, jeune homme, je vous en prie; j’ai une vieille affaire à terminer avec lui, quand je serai guéri et bien portant. Désarmez-le seulement, liez-lui l’épée. C’est cela. Bien! très bien!

Cette exclamation était arrachée à Athos par l’épée de Cahusac, qui sautait à vingt pas de lui. D’Artagnan et Cahusac s’élancèrent ensemble, l’un pour la ressaisir, l’autre pour s’en emparer; mais d’Artagnan, plus leste, arriva le premier et mit le pied dessus.

Cahusac courut à celui des gardes qu’avait tué Aramis, s’empara de sa rapière, et voulut revenir à d’Artagnan; mais sur son chemin il rencontra Athos, qui, pendant cette halte d’un instant que lui avait procurée d’Artagnan, avait repris haleine, et qui, de crainte que d’Artagnan ne lui tuât son ennemi, voulait recommencer le combat.

D’Artagnan comprit que ce serait désobliger Athos que de ne pas le laisser faire. En effet, quelques secondes après, Cahusac tomba la gorge traversée d’un coup d’épée.

Au même instant Aramis appuyait son épée contre la poitrine de son adversaire renversé, et le forçait à demander merci.