—Qui m’a fait ce beau récit, monsieur! et qui voulez-vous que ce soit, si ce n’est celui qui veille quand je dors, qui travaille quand je m’amuse, qui mène tout au dedans et au dehors du royaume, en France comme en Europe?
—Sa Majesté veut parler de Dieu, sans doute, dit M. de Tréville, car je ne connais que Dieu qui soit si fort au-dessus de Sa Majesté.
—Non, monsieur; je veux parler du soutien de l’État, de mon seul serviteur, de mon ami, de M. le cardinal.
—Son Éminence n’est pas Sa Sainteté, sire.
—Qu’entendez-vous par là, monsieur?
—Qu’il n’y a que le pape qui soit infaillible et que cette infaillibilité ne s’étend pas aux cardinaux.
—Vous voulez dire qu’il me trompe, vous voulez dire qu’il me trahit. Vous l’accusez alors. Voyons, dites, avouez franchement que vous l’accusez.
—Non, sire; mais je dis qu’il se trompe lui-même; je dis qu’il a été mal renseigné; je dis qu’il a eu hâte d’accuser les mousquetaires de Votre Majesté, pour lesquels il est injuste, et qu’il n’a pas été puiser ses renseignements aux bonnes sources.
—L’accusation vient de M. de La Trémouille, du duc lui-même. Que répondez-vous à cela?
—Je pourrais répondre, sire, qu’il est trop intéressé dans la question pour être un témoin impartial; mais loin de là, sire, je connais le duc pour un loyal gentilhomme, et je m’en rapporterai à lui, mais à une condition, sire.