Planchet, pour son dessert, eût bien voulu entendre la conversation, mais le bourgeois déclara à d’Artagnan que ce qu’il avait à lui dire étant important et confidentiel, il désirait demeurer en tête à tête avec lui.

D’Artagnan congédia Planchet et fit asseoir son visiteur.

Il y eut un moment de silence pendant lequel les deux hommes se regardèrent comme pour faire une connaissance préalable, après quoi d’Artagnan s’inclina en signe qu’il écoutait.

—J’ai entendu parler de M. d’Artagnan comme d’un jeune homme fort brave, dit le bourgeois, et cette réputation dont il jouit à juste titre m’a décidé à lui confier un secret.

—Parlez, monsieur, parlez, dit d’Artagnan, qui, d’instinct, flaira quelque chose d’avantageux.

Le bourgeois fit une nouvelle pause et continua:

—J’ai ma femme qui est lingère chez la reine, monsieur, et qui ne manque ni de sagesse ni de beauté. On me l’a fait épouser, voilà bientôt trois ans, quoiqu’elle n’eût qu’un petit avoir, parce que M. de La Porte, le portemanteau de la reine, est son parrain et la protège...

—Eh bien! monsieur? demanda d’Artagnan.

—Eh bien! reprit le bourgeois, eh bien! monsieur, ma femme a été enlevée hier au matin, comme elle sortait de sa chambre de travail.

—Et par qui votre femme a-t-elle été enlevée?