Le cardinal appuya son coude sur son manuscrit, sa joue sur sa main, et regarda un instant le jeune homme. Nul n’avait l’œil plus profondément scrutateur que le cardinal de Richelieu, et d’Artagnan sentit ce regard courir par ses veines comme une fièvre.

Cependant il fit bonne contenance, tenant son feutre à la main, et attendant le bon plaisir de Son Éminence, sans trop d’orgueil, mais aussi sans trop d’humilité.

—Monsieur, lui dit le cardinal, êtes-vous un d’Artagnan du Béarn?

—Oui, monseigneur, répondit le jeune homme.

—Il y a, si je suis bien informé, plusieurs branches de d’Artagnan à Tarbes et dans les environs, dit le cardinal; à laquelle appartenez-vous?

—Je suis le fils de celui qui a fait les guerres de religion avec le grand roi Henri, père de Sa Gracieuse Majesté.

—C’est bien cela. C’est vous qui êtes parti, il y a deux ans et quatre mois à peu près, de votre pays, pour venir chercher fortune dans la capitale.

—Oui, monseigneur.

—Vous êtes venu par Meung, où il vous est arrivé quelque chose, je ne sais plus trop quoi, mais enfin quelque chose.

—Monseigneur, dit d’Artagnan, voici ce qui m’est arrivé...