—Oui, c’est vrai; mais, tout seul que vous êtes, vous avez déjà fait beaucoup, et vous ferez encore plus, je n’en doute pas. Cependant, vous avez, je le crois, besoin d’être guidé dans l’aventureuse carrière que vous avez choisie; car, si je ne me trompe, vous êtes venu à Paris avec l’ambitieuse idée de faire fortune.

—Je suis dans l’âge des folles espérances, monseigneur, dit d’Artagnan.

—Il n’y a de folles espérances que pour les sots, monsieur, et vous êtes homme d’esprit. Voyons, que diriez-vous d’une enseigne dans mes gardes, et d’une compagnie après la campagne?

—Ah! monseigneur!

—Vous acceptez, n’est-ce pas?

—Monseigneur, reprit d’Artagnan d’un air embarrassé.

—Comment, vous refusez? s’écria le cardinal avec étonnement.

—Je suis dans les gardes de Sa Majesté, monseigneur, et je n’ai point de raisons d’être mécontent.

—Mais il me semble, dit l’Éminence, que mes gardes, à moi, sont aussi les gardes de Sa Majesté, et que, pourvu qu’on serve dans un corps français, on sert le roi.

—Monseigneur, Votre Éminence a mal compris mes paroles.