—S’il y a un troisième coup, se dit-il à lui-même, je suis un homme perdu!
Et aussitôt, prenant ses jambes à son cou, il s’enfuit dans la direction du camp, avec la vitesse des gens de son pays si renommés pour leur agilité; mais, quelle que fût la rapidité de sa course, le premier qui avait tiré, ayant eu le temps de recharger son arme, lui tira un second coup si bien ajusté, cette fois, que la balle traversa son feutre et le fit voler à dix pas de lui.
Cependant, comme d’Artagnan n’avait pas d’autre chapeau, il ramassa le sien tout en courant, arriva fort essoufflé et fort pâle dans son logis, s’assit sans rien dire à personne et se mit à réfléchir.
Cet événement pouvait avoir trois causes:
La première et la plus naturelle: ce pouvait être une embuscade des Rochelais, qui n’eussent pas été fâchés de tuer un des gardes de Sa Majesté, d’abord parce que c’était un ennemi de moins, et ensuite parce que cet ennemi pouvait avoir une bourse bien garnie dans sa poche. D’Artagnan prit son chapeau, examina le trou de la balle, et secoua la tête. La balle n’était pas une balle de mousquet, c’était une balle d’arquebuse; la justesse du coup lui avait déjà donné l’idée qu’il avait été tiré par une arme particulière: ce n’était donc pas une embuscade militaire, puisque la balle n’était pas de calibre.
Ce pouvait être un bon souvenir de monsieur le cardinal. On se rappelle qu’au moment même où il avait, grâce à ce bienheureux rayon de soleil, aperçu le canon du fusil, il s’étonnait de la longanimité de Son Éminence à son égard. Mais d’Artagnan secoua la tête. Pour les gens vers lesquels elle n’avait qu’à étendre la main. Son Éminence recourait rarement à de pareils moyens.
Ce pouvait être une vengeance de milady.
Ceci, c’était plus probable.
Il chercha inutilement à se rappeler ou les traits ou le costume des assassins; il s’était éloigné d’eux si rapidement, qu’il n’avait eu le loisir de rien remarquer.
—Ah! mes pauvres amis! murmura d’Artagnan, où êtes-vous? et que vous me faites faute!