—Allons! dit Athos, nous allons nous faire quelque bonne querelle, et nous n’avons pas besoin de cela en ce moment. D’Artagnan, racontez-nous votre nuit; nous vous raconterons la nôtre après.

—En effet, dit un chevau-léger qui se dandinait en tenant à la main un verre d’eau-de-vie qu’il dégustait lentement; en effet, vous étiez de tranchée cette nuit, messieurs les gardes, et il me semble que vous avez eu maille à partir avec les Rochelais?

D’Artagnan regarda Athos pour savoir s’il devait répondre à cet intrus qui se mêlait à la conversation.

—Eh bien, dit Athos, n’entends-tu pas M. de Busigny qui te fait l’honneur de t’adresser la parole? Raconte ce qui s’est passé cette nuit, puisque ces messieurs désirent le savoir.

—N’avre-bous bas bris un pastion? demanda un Suisse qui buvait du rhum dans un verre à bière.

—Oui, monsieur, répondit d’Artagnan en s’inclinant, nous avons eu cet honneur; nous avons même, comme vous avez pu l’entendre, introduit sous un des angles un baril de poudre, qui, en éclatant, a fait une fort jolie brèche; sans compter que, comme le bastion n’était pas d’hier, tout le reste de la bâtisse s’en est trouvé fort ébranlé.

—Et quel bastion est-ce? demanda un dragon qui tenait enfilée à son sabre une oie qu’il apportait à faire cuire.

—Le bastion Saint-Gervais, répondit d’Artagnan, derrière lequel les Rochelais inquiétaient nos travailleurs.

—Et l’affaire a été chaude?

—Mais, oui; nous y avons perdu cinq hommes, et les Rochelais huit ou dix.