—Raison de plus, reprit Athos, la reine sauvant M. de Buckingham son amant, rien de plus juste; la reine nous sauvant, nous ses amis, rien de plus moral: vendons le diamant. Qu’en pense monsieur l’abbé? Je ne demande pas l’avis de Porthos, il est donné.

—Mais je pense, dit Aramis, que sa bague ne venant pas d’une maîtresse, et par conséquent n’étant pas un gage d’amour, d’Artagnan peut la vendre.

—Mon cher, vous parlez comme la théologie en personne. Ainsi votre avis est?...

—De vendre le diamant, répondit Aramis.

—Eh bien! dit gaiement d’Artagnan, vendons le diamant et n’en parlons plus.

La fusillade continuait, mais les amis étaient hors de portée, et les Rochelais ne tiraient plus que pour l’acquit de leur conscience.

—Ma foi, il était temps que cette idée vînt à Porthos; nous voici au camp. Ainsi, messieurs, pas un mot de plus sur toute cette affaire. On nous observe, on vient à notre rencontre, nous allons être portés en triomphe.

En effet, comme nous l’avons dit, tout le camp était en émoi; plus de deux mille personnes avaient assisté, comme à un spectacle, à l’heureuse forfanterie des quatre amis, forfanterie dont on était bien loin de soupçonner le véritable motif. On n’entendait que le cri de: «Vivent les gardes! Vivent les mousquetaires!» M. de Busigny était venu le premier serrer la main à Athos et reconnaître que le pari était perdu. Le dragon et le Suisse l’avaient suivi, tous les camarades avaient suivi le dragon et le Suisse. C’étaient des félicitations, des poignées de main, des embrassades à n’en plus finir, des rires inextinguibles à l’endroit des Rochelais; enfin, un tumulte si grand, que M. le cardinal crut qu’il y avait émeute et envoya La Houdinière, son capitaine des gardes, s’informer de ce qui se passait.