—Mais c’est un abus affreux de la force!
—Pas de grands mots; asseyons-nous, et causons tranquillement, comme il convient de faire entre un frère et une sœur.
Puis, se retournant vers la porte, et voyant que le jeune officier attendait ses derniers ordres:
—C’est bien, dit-il, je vous remercie; maintenant, laissez-nous, monsieur Felton.
XX
ENTRE FRÈRE ET SŒUR
Pendant le temps que lord Winter mit à fermer la porte, à pousser un volet et à approcher un siège du fauteuil de sa belle-sœur, milady, rêveuse, plongea son regard dans les profondeurs de la possibilité, et découvrit toute la trame qu’elle n’avait pas même pu entrevoir, tant qu’elle ignorait en quelles mains elle était tombée. Elle connaissait son beau-frère pour un bon gentilhomme, franc chasseur, joueur intrépide, entreprenant près des femmes, mais d’une force au-dessous de la moyenne en intrigues. Comment avait-il pu découvrir son arrivée? la faire saisir? pourquoi la retenait-il?
Athos lui avait bien dit quelques mots qui prouvaient que la conversation qu’elle avait eue avec le cardinal était tombée dans des oreilles étrangères; mais elle ne pouvait admettre qu’il eût pu creuser une contre-mine si prompte et si hardie. Elle craignit bien plutôt que ses précédentes opérations en Angleterre n’eussent été découvertes. Buckingham pouvait avoir deviné que c’était elle qui avait coupé les deux ferrets, et se venger de cette petite trahison; mais Buckingham était incapable de se porter à aucun excès contre une femme, surtout si cette femme était censée avoir agi par un sentiment de jalousie.
Cette supposition lui parut la plus vraisemblable; il lui sembla qu’on voulait se venger du passé, et non aller au-devant de l’avenir. Toutefois, et en tout cas, elle s’applaudit d’être tombée entre les mains de son beau-frère, dont elle comptait avoir bon marché, plutôt qu’entre celles d’un ennemi direct et intelligent.
—Oui, causons, mon frère, dit-elle avec une espèce d’enjouement, décidée qu’elle était à tirer de la conversation, malgré toute la dissimulation que pourrait y apporter lord Winter, les éclaircissements dont elle avait besoin pour régler sa conduite à venir.
—Vous vous êtes donc décidée à revenir en Angleterre, dit lord Winter, malgré la résolution que vous m’aviez si souvent manifestée à Paris de ne jamais remettre les pieds sur le territoire de la Grande-Bretagne?