—Monseigneur, dit Athos avec un calme d’autant plus terrible qu’il jouait sa tête en faisant cette réponse, la lettre est d’une femme, mais elle n’est signée ni Marion de Lorme, ni madame d’Aiguillon.

Le cardinal devint pâle comme la mort, un éclair fauve sortit de ses yeux; il se retourna comme pour donner un ordre à Cahusac et à La Houdinière. Athos vit le mouvement; il fit un pas vers les mousquetons, sur lesquels les trois amis avaient les yeux fixés en hommes mal disposés à se laisser arrêter. Le cardinal était, lui, troisième; les mousquetaires, y compris les laquais, étaient sept: il jugea que la partie serait d’autant moins égale, qu’Athos et ses compagnons conspiraient réellement; et, par un de ces retours rapides qu’il tenait toujours à sa disposition, toute sa colère se fondit dans un sourire.

—Allons, allons! dit-il, vous êtes de braves jeunes gens, fiers au soleil, fidèles dans l’obscurité; il n’y a pas de mal à veiller sur soi quand on veille si bien sur les autres; messieurs, je n’ai point oublié la nuit où vous m’avez servi d’escorte pour aller au Colombier-Rouge; s’il y avait quelque danger à craindre sur la route que je vais suivre, je vous prierais de m’accompagner; mais, comme il n’y en a pas, restez où vous êtes, achevez vos bouteilles, votre partie et votre lettre. Adieu, messieurs.

Et, remontant sur son cheval, que Cahusac lui avait amené, il les salua de la main et s’éloigna.

Les quatre jeunes gens, debout et immobiles, le suivirent des yeux sans dire un seul mot jusqu’à ce qu’il eût disparu.

Puis ils se regardèrent.

Tous avaient la figure consternée, car, malgré l’adieu amical de Son Éminence, ils comprenaient que le cardinal s’en allait la rage dans le cœur.

Athos seul souriait d’un sourire puissant et dédaigneux.