Un mot surtout revenait continuellement à l’esprit de la prisonnière:

—Si je t’eusse écouté, avait dit lord Winter à Felton.

Donc Felton avait parlé en sa faveur, puisque lord Winter n’avait pas voulu écouter Felton.

—Faible ou forte, répétait milady, cet homme a donc une lueur de pitié dans son âme; de cette lueur je ferai un incendie qui le dévorera. Quant à l’autre, il me connaît, il me craint et sait ce qu’il a à attendre de moi si jamais je m’échappe de ses mains, il est donc inutile de rien tenter sur lui. Mais Felton, c’est autre chose, c’est un jeune homme naïf, pur et qui semble vertueux: celui-là il y a moyen de le prendre.

Et milady se coucha et s’endormit le sourire sur les lèvres; quelqu’un qui l’eût vue dormant eût cru voir une jeune fille rêvant à la couronne de fleurs qu’elle devait mettre sur son front à la prochaine fête.

XXIII
DEUXIÈME JOURNÉE DE CAPTIVITÉ

Milady rêvait qu’elle tenait enfin d’Artagnan, qu’elle assistait à son supplice, et c’était la vue de son sang odieux, coulant sous la hache du bourreau, qui dessinait le charmant sourire sur ses lèvres.

Elle dormait comme dort un prisonnier bercé par sa première espérance.

Le lendemain, lorsqu’on entra dans sa chambre, elle était encore au lit. Felton se tenait dans le corridor: il amenait la femme dont on avait parlé la veille, et qui venait d’arriver; cette femme entra et s’approcha du lit de milady en lui offrant ses services.

Milady était habituellement pâle, son teint pouvait donc tromper une personne qui la voyait pour la première fois.