Milady, couchée dans un fauteuil près de la cheminée, belle, pâle et résignée, semblait une vierge sainte attendant le martyre.

Felton s’approcha d’elle et dit:

—Lord Winter, qui est catholique comme vous, madame, a pensé que la privation des rites et des cérémonies de votre religion peut vous être pénible; il consent donc à ce que vous lisiez chaque jour l’ordinaire de votre messe, et voici un livre qui en contient le rituel.

A l’air dont Felton déposa ce livre sur la petite table près de laquelle était milady, au ton dont il prononça ces deux mots votre messe, au sourire dédaigneux dont il les accompagna, milady leva la tête et regarda plus attentivement l’officier.

Alors, à cette coiffure sévère, à ce costume d’une simplicité exagérée, à ce front poli comme du marbre, mais dur et impénétrable comme lui, elle reconnut un de ces sombres puritains qu’elle avait rencontrés si souvent tant à la cour du roi Jacques qu’à celle du roi de France, où, malgré le souvenir de la Saint-Barthélemy, ils venaient parfois chercher un refuge. Elle eut donc une de ces inspirations subites comme les gens de génie seuls en reçoivent dans les grandes crises, dans les moments suprêmes qui doivent décider de leur fortune ou de leur vie. Ces deux mots, votre messe, et un simple coup d’œil jeté sur Felton, lui avaient en effet révélé toute l’importance de la réponse qu’elle allait faire. Mais avec cette rapidité d’intelligence qui lui était particulière, cette réponse toute formulée se présenta sur ses lèvres:

—Moi! dit-elle avec un accent de dédain monté à l’unisson de celui qu’elle avait remarqué dans la voix du jeune officier, moi, monsieur, ma messe! lord Winter, le catholique corrompu, sait bien que je ne suis pas de sa religion, et c’est un piège qu’il veut me tendre!

—Et de quelle religion êtes-vous donc, madame? demanda Felton.

—Je le dirai, s’écria milady avec une exaltation feinte, le jour où j’aurai assez souffert pour ma foi.