A cette voix douce et suppliante, à ce regard timide et abattu, Felton se rapprocha. Peu à peu l’enchanteresse avait revêtu cette parure magique qu’elle reprenait et quittait à volonté, c’est-à-dire la beauté, la douceur, les larmes et surtout l’irrésistible attrait de la volupté mystique, la plus dévorante des voluptés.
—Hélas! dit Felton, je ne puis qu’une chose, vous plaindre si vous me prouvez que vous êtes une victime! Mais lord Winter a de cruels griefs contre vous. Vous êtes chrétienne, vous êtes ma sœur en religion; je me sens entraîné vers vous, moi qui n’ai jamais aimé que mon bienfaiteur, moi qui n’ai trouvé dans la vie que des traîtres et des impies. Mais vous, madame, vous si belle en réalité, vous si pure en apparence, pour que lord Winter vous poursuive ainsi, vous avez donc commis des iniquités!
—Ils ont des yeux, répéta milady avec un accent d’indicible douleur, et ils ne verront pas; ils ont des oreilles, et ils n’entendront point.
—Mais, alors, s’écria le jeune officier, parlez, parlez donc!
—Vous confier ma honte! s’écria milady avec le rouge de la pudeur au visage, car souvent le crime de l’un est la honte de l’autre; vous confier ma honte, à vous homme, moi femme! Oh! continua-t-elle en ramenant pudiquement sa main sur ses beaux yeux, oh! jamais, jamais je ne pourrai!
—A moi, à un frère! s’écria Felton.
Milady le regarda longtemps avec une expression que le jeune officier prit pour du doute, et qui cependant n’était que de l’observation et surtout la volonté de fasciner.
Felton, à son tour suppliant, joignit les mains.
—Eh bien, dit milady! je me fie à mon frère, j’oserai!
En ce moment, on entendit le pas de lord Winter; mais, cette fois, le terrible beau-frère de milady ne se contenta point, comme il avait fait la veille, de passer devant la porte et de s’éloigner, il s’arrêta, échangea deux mots avec la sentinelle, puis la porte s’ouvrit, et il parut.