—Qu’en sais-tu?
—Vous l’avez blessée au cœur.
—Moi! en quoi puis-je l’avoir blessée, moi qui, depuis que je la connais, vis à ses pieds comme un esclave; parle, je t’en prie.
—Je n’avouerais jamais cela qu’à l’homme... qui lirait jusqu’au fond de mon âme!
D’Artagnan regarda Ketty pour la seconde fois. La jeune fille était d’une fraîcheur et d’une beauté que bien des duchesses eussent achetées de leur couronne.
—Ketty, dit-il, je lirai jusqu’au fond de ton âme quand tu voudras; qu’à cela ne tienne, ma chère enfant.
Et il lui donna un baiser sous lequel la pauvre enfant devint rouge comme une cerise.
—Oh non! s’écria Ketty, vous ne m’aimez pas! c’est ma maîtresse que vous aimez, vous me l’avez dit tout à l’heure.
—Et cela t’empêche-t-il de me faire connaître la seconde raison?
—La seconde raison, monsieur le chevalier, reprit Ketty enhardie par le baiser d’abord et ensuite par l’expression des yeux du jeune homme, c’est qu’en amour chacun pour soi.