Et milady tendit ses bras à madame Bonacieux, qui, toute convaincue par ce qu’elle venait de lui dire, ne vit plus dans cette femme, qu’un instant auparavant elle avait crue sa rivale, qu’une amie sincère et dévouée.
—Oh! pardonnez-moi! s’écria-t-elle en se laissant aller sur son épaule, je l’aime tant!
Ces deux femmes se tinrent un instant embrassées. Certes, si les forces de milady eussent été à la hauteur de sa haine, madame Bonacieux ne fût sortie que morte de cet embrassement. Mais, ne pouvant pas l’étouffer, elle lui sourit.
—O chère belle! chère bonne petite! dit milady, que je suis heureuse de vous voir! Laissez-moi vous regarder. Et, en disant ces mots, elle la dévorait effectivement du regard. Oui. c’est bien vous. Ah! d’après ce qu’il m’a dit, je vous reconnais à cette heure, je vous reconnais parfaitement.
La pauvre jeune femme ne pouvait se douter de ce qui se passait d’affreusement cruel derrière le rempart de ce front pur, derrière ces yeux si brillants où elle ne lisait que de l’intérêt et de la compassion.
—Alors vous savez ce que j’ai souffert, dit madame Bonacieux, puisqu’il vous a dit ce qu’il souffrait: mais souffrir pour lui, c’est du bonheur.
Milady reprit machinalement:
—Oui, c’est du bonheur.
Elle pensait à autre chose.
—Et puis, continua madame Bonacieux, mon supplice touche à son terme: demain, ce soir peut-être, je le reverrai, et alors le passé n’existera plus.