C’est par mon ordre et pour le bien de l’État que le porteur du présent papier a fait ce qu’il vient de faire.

RICHELIEU.

Au camp de la Rochelle, ce 5 août 1628.

Le cardinal, après avoir lu ces deux lignes, tomba dans une rêverie profonde, mais il ne rendit pas le papier à d’Artagnan.

—Il médite de quel genre de supplice il me fera mourir, se dit tout bas d’Artagnan; eh bien, ma foi! il verra comment meurt un gentilhomme.

Le jeune mousquetaire était en excellente disposition pour trépasser héroïquement.

Richelieu pensait toujours, roulait et déroulait le papier dans ses mains. Enfin il leva la tête, fixa son regard d’aigle sur cette physionomie loyale, ouverte, intelligente, lut sur ce visage sillonné de larmes toutes les souffrances qu’il avait endurées depuis un mois, et songea pour la troisième ou quatrième fois combien cet enfant avait d’avenir, et quelles ressources son activité, son courage et son esprit pouvaient offrir à un bon maître. D’un autre côté, les crimes, la puissance, le génie infernal de milady l’avaient plus d’une fois épouvanté. Il sentait comme une joie secrète d’être à jamais débarrassé de ce complice dangereux.

Il déchira lentement le papier que d’Artagnan lui avait généreusement remis.

—Je suis perdu, dit en lui-même d’Artagnan.

Et il s’inclina profondément devant le cardinal en homme qui dit: «Seigneur, que votre volonté soit faite!»