Aramis jeta un cri de joie à la vue du cachet, baisa l’écriture, et avec un respect presque religieux, il ouvrit l’épître qui contenait ce qui suit:

«Ami, le sort veut que nous soyons séparés quelque temps encore; mais les beaux jours de la jeunesse ne sont pas perdus sans retour. Faites votre devoir au camp; je fais le mien autre part. Prenez ce que le porteur vous remettra; faites la campagne en beau et bon gentilhomme, et pensez à moi, qui baise tendrement vos yeux noirs.

»Adieu, ou plutôt au revoir.»

Le mendiant décousait toujours; il tira une à une de ses sales habits cent cinquante doubles pistoles d’Espagne, qu’il aligna sur la table; puis il ouvrit la porte, salua et partit avant que le jeune homme, stupéfait, eût osé lui adresser une parole.

Aramis alors relut la lettre, et s’aperçut que cette lettre avait un post-scriptum:

«P.-S.—Vous pouvez faire accueil au porteur, qui est comte et grand d’Espagne.»

—Rêves dorés! s’écria Aramis. Oh! la belle vie! oui, nous sommes jeunes! oui, nous aurons encore des jours heureux! Oh! à toi, à toi, mon amour, mon sang, ma vie! tout, tout, ma belle maîtresse!

Et il baisait la lettre avec passion, sans même regarder l’or qui étincelait sur la table.