—Aurez-vous ce courage? dit Athos.

—Je l’aurai, répondit d’Artagnan, et à l’instant même.

—Eh bien! vrai, mon enfant, vous aurez raison, dit le gentilhomme en serrant la main du Gascon avec une affection presque paternelle; que Dieu veuille que cette femme, qui est à peine entrée dans votre vie, n’y laisse pas une trace terrible!

Athos salua d’Artagnan de la tête, en homme qui veut faire comprendre qu’il n’est pas fâché de rester seul avec ses pensées.

En rentrant chez lui d’Artagnan trouva Ketty, qui l’attendait. Par un mois de fièvre la pauvre enfant n’eût pas été plus changée qu’elle ne l’était par cette nuit d’insomnie et de douleur. Elle était envoyée par sa maîtresse au faux de Wardes. Sa maîtresse était folle d’amour, ivre de joie; elle voulait savoir quand son amant lui donnerait une seconde nuit. Et la pauvre Ketty, pâle et tremblante, attendait la réponse de d’Artagnan.

Athos avait une grande influence sur le jeune homme, les conseils de son ami joints aux cris de son propre cœur l’avaient déterminé, maintenant que son orgueil était sauvé et sa vengeance satisfaite, à ne plus revoir milady. Pour toute réponse il prit donc une plume et écrivit la lettre suivante:

«Ne comptez pas sur moi, madame, pour le prochain rendez-vous: depuis ma convalescence j’ai tant d’occupations de ce genre qu’il m’a fallu y mettre un certain ordre. Quand votre tour viendra, j’aurai l’honneur de vous en faire part.

»Je vous baise les mains.

»Comte DE WARDES

Du saphir pas un mot: le Gascon voulait garder une arme contre milady; d’ailleurs, après ce qu’Athos lui avait dit, était-ce à elle ou à lui que ce bijou devait revenir?