D’Artagnan s’approcha d’elle avec sa galanterie ordinaire; elle fit alors un effort suprême pour le recevoir, mais jamais physionomie plus bouleversée ne démentit sourire plus aimable.

Aux questions que d’Artagnan lui fit sur sa santé:

—Mauvaise, répondit-elle, très mauvaise.

—Mais alors, dit d’Artagnan, je suis indiscret, vous avez besoin de repos sans doute et je vais me retirer.

—Non pas, dit milady; au contraire, restez, monsieur d’Artagnan, votre aimable compagnie me distraira.

—Oh! oh! pensa d’Artagnan, elle n’a jamais été si charmante, défions-nous.

Milady prit l’air le plus affectueux qu’elle put prendre, et donna tout l’éclat possible à sa conversation. En même temps cette fièvre qui l’avait abandonnée un instant revenait rendre l’éclat à ses yeux, le coloris à ses joues, le carmin à ses lèvres. D’Artagnan retrouva la Circé qui l’avait déjà enveloppé de ses enchantements. Son amour, qu’il croyait éteint et qui n’était qu’assoupi, se réveilla dans son cœur. Milady souriait et d’Artagnan sentait qu’il se damnerait pour ce sourire.

Il y eut un moment où il sentit quelque chose comme un remords.

Peu à peu milady devint plus communicative. Elle demanda à d’Artagnan s’il avait une maîtresse.

—Hélas! dit d’Artagnan de l’air le plus sentimental qu’il put prendre, pouvez-vous être assez cruelle pour me faire une pareille question, à moi qui, depuis que je vous ai vue, ne respire et ne soupire que par vous et pour vous!