Cependant les transports des deux amants se calmèrent; milady, qui n’avait point les mêmes motifs que d’Artagnan pour oublier, revint la première à la réalité et demanda au jeune homme si les mesures qui devaient amener le lendemain entre lui et de Wardes une rencontre étaient bien arrêtées d’avance dans son esprit. Mais d’Artagnan, dont les idées avaient pris un tout autre cours, s’oublia comme un sot et répondit galamment qu’il était bien tard pour s’occuper de duels à coups d’épée. Cette froideur pour les seuls intérêts qui l’occupassent effraya milady, dont les questions devinrent plus pressantes.

Alors d’Artagnan, qui n’avait jamais sérieusement pensé à ce duel impossible, voulut détourner la conversation, mais il n’était point de force. Milady le contint dans les limites qu’elle avait tracées d’avance avec son esprit irrésistible et sa volonté de fer.

D’Artagnan se crut fort spirituel en conseillant à milady de renoncer, en pardonnant à de Wardes, aux projets furieux qu’elle avait formés.

Mais, aux premiers mots qu’il dit, la jeune femme tressaillit et s’éloigna.

—Auriez-vous peur, cher d’Artagnan? dit-elle d’une voix aiguë et railleuse qui résonna étrangement dans l’obscurité.

—Vous ne le pensez pas, chère âme! répondit d’Artagnan; mais enfin, si ce pauvre comte de Wardes était moins coupable que vous ne le pensez?

—En tout cas, dit gravement milady, il m’a trompée, et du moment où il m’a trompée, il a mérité la mort.

—Il mourra donc, puisque vous le condamnez! dit d’Artagnan d’un ton si ferme, qu’il parut à milady l’expression d’un dévouement à toute épreuve.

Aussitôt elle se rapprocha de lui.

Nous ne pourrions dire le temps que dura la nuit pour milady; mais d’Artagnan croyait être près d’elle depuis deux heures à peine lorsque le jour parut aux fentes des jalousies et bientôt envahit la chambre de sa lueur blafarde.