—Mais vous ne pouvez pas sortir ainsi, dit Ketty.

—C’est vrai, dit d’Artagnan, qui s’aperçut alors seulement du costume dans lequel il se trouvait, c’est vrai; habille-moi comme tu pourras, mais hâtons-nous; comprends-tu, il y va de la vie ou de la mort!

Ketty ne comprenait que trop; en un tour de main elle l’affubla d’une robe à fleurs, d’une large coiffe et d’un mantelet; elle lui donna des pantoufles, dans lesquelles il passa ses pieds nus, puis elle l’entraîna par les degrés. Il était temps, milady avait déjà sonné et réveillé tout l’hôtel. Le portier tira le cordon au moment même où milady, à demi nue de son côté, criait par la fenêtre:

—N’ouvrez pas!

VIII
COMMENT, SANS SE DÉRANGER, ATHOS TROUVA SON ÉQUIPEMENT

Le jeune homme s’enfuit tandis qu’elle le menaçait encore d’un geste impuissant. Au moment où elle le perdit de vue, milady tomba évanouie dans sa chambre.

D’Artagnan était tellement bouleversé, que, sans s’inquiéter de ce que deviendrait Ketty, il traversa la moitié de Paris tout courant et ne s’arrêta que devant la porte d’Athos. L’égarement de son esprit, la terreur qui l’éperonnait, les cris de quelques patrouilles qui se mirent à sa poursuite, et les huées de quelques passants qui, malgré l’heure peu avancée, se rendaient à leurs affaires, ne firent que précipiter encore sa course.

Il traversa la cour, monta les deux étages d’Athos et frappa à la porte à tout rompre.

Grimaud vint ouvrir, les yeux bouffis de sommeil. D’Artagnan s’élança avec tant de force dans la chambre, qu’il faillit le culbuter en entrant.

Malgré le mutisme habituel du pauvre garçon, cette fois la parole lui revint.