—Quoi! lui dit-il, vous venez de perdre une femme que vous disiez bonne, charmante, parfaite, et voilà que vous courez déjà après une autre!

D’Artagnan sentit la vérité du reproche.

—J’aimais madame Bonacieux avec le cœur, tandis que j’aime milady avec la tête, dit-il; en me faisant conduire chez elle, je cherche surtout à m’éclairer sur le rôle qu’elle joue à la cour.

—Le rôle qu’elle joue, pardieu! il n’est pas difficile à deviner d’après tout ce que vous m’avez dit. C’est quelque émissaire du cardinal: une femme qui vous attirera dans un piège, où vous laisserez votre tête tout bonnement.

—Diable! mon cher Athos, vous voyez les choses bien en noir, ce me semble.

—Mon cher, je me défie des femmes; que voulez-vous! je suis payé pour cela, et surtout des femmes blondes. Milady est blonde, m’avez-vous dit?

—Elle a les cheveux du plus beau blond qui se puisse voir.

—Ah! mon pauvre d’Artagnan! fit Athos.

—Écoutez, je veux m’éclairer; puis, quand je saurai ce que je désire savoir, je m’éloignerai.

—Éclairez-vous, dit flegmatiquement Athos.