D’Artagnan raconta tout alors: la colère insensée de milady et ses menaces de mort.
—Vous avez raison, et, sur mon âme, je donnerais ma vie pour un cheveu, dit Athos. Heureusement, c’est après-demain que nous partons de Paris; nous allons, selon toute probabilité, à La Rochelle, et une fois partis...
—Elle vous suivra jusqu’au bout du monde, Athos, si elle vous reconnaît; laissez donc sa haine s’exercer sur moi seul.
—Ah! mon cher! que m’importe qu’elle me tue! dit Athos; est-ce que par hasard vous croyez que je tiens à la vie?
—Il y a quelque horrible mystère sous tout cela. Athos! cette femme est l’espion du cardinal, j’en suis sûr.
—En ce cas prenez garde à vous. Si le cardinal ne vous a pas dans une haute admiration pour l’affaire de Londres, il vous a en grande haine; mais comme, au bout du compte, il ne peut rien vous reprocher ostensiblement, et qu’il faut que haine se passe, surtout quand c’est une haine de cardinal, prenez garde à vous! Si vous sortez, ne sortez pas seul; si vous mangez, prenez vos précautions: méfiez-vous de tout enfin, même de votre ombre.
—Heureusement, dit d’Artagnan, qu’il s’agit seulement d’aller jusqu’après-demain soir sans encombre, car une fois à l’armée, nous n’aurons plus, je l’espère, que des hommes à craindre.
—En attendant, dit Athos, je renonce à mes projets de réclusion, et je vais partout avec vous: il faut que vous retourniez rue des Fossoyeurs, je vous accompagne.
—Mais si près que ce soit d’ici, reprit d’Artagnan, je ne puis y retourner comme cela.
—C’est juste, dit Athos.