—Vendre un bijou qui vient de ma mère! Je vous avoue que je regarderais cela comme une profanation.
—Alors engagez-le, on vous prêtera bien dessus un millier d’écus. Avec cette somme vous serez au-dessus de vos affaires; puis, au premier argent qui vous rentrera, vous le dégagerez, et vous le reprendrez lavé de ses anciennes taches, car il aura passé par les mains des usuriers.
Athos sourit.
—Vous êtes un charmant compagnon, dit-il, mon cher d’Artagnan; vous relevez par votre éternelle gaieté les pauvres esprits dans l’affliction. Eh bien! oui, engageons cette bague, mais à une condition!
—Laquelle?
—C’est qu’il y aura cinq cents écus pour vous et cinq cents écus pour moi.
—Y songez-vous, Athos! je n’ai pas besoin du quart de cette somme, moi qui suis dans les gardes, et en vendant ma selle je me le procurerai. Que me faut-il? Un cheval pour Planchet, voilà tout. Puis vous oubliez que j’ai une bague aussi.
—A laquelle vous tenez encore plus, ce me semble, que je ne tiens, moi, à la mienne; du moins j’ai cru m’en apercevoir.
—Oui, car dans une circonstance extrême elle peut nous tirer non seulement de quelque grand embarras, mais encore de quelque grand danger; c’est non seulement une pierre précieuse, mais c’est encore un talisman enchanté.
—Je ne vous comprends pas, mais je crois à ce que vous dites. Revenons donc à ma bague, ou plutôt à la vôtre; vous toucherez la moitié de la somme qu’on nous donnera sur elle ou je la jette dans la Seine, et je doute que, comme à Polycrate, quelque poisson soit assez complaisant pour nous la rapporter.