D’Artagnan courut après elle. Ce n’était pas une chose difficile pour lui que de rejoindre une femme embarrassée dans son manteau. Il la rejoignit donc au tiers de la rue dans laquelle elle s’était engagée. La malheureuse était épuisée, non pas de fatigue, mais de terreur, et quand d’Artagnan lui posa la main sur l’épaule, elle tomba sur un genou en criant d’une voix étranglée:

«Tuez-moi si vous voulez, mais vous ne saurez rien.»

D’Artagnan la releva en lui passant le bras autour de la taille; mais comme il sentait à son poids qu’elle était sur le point de se trouver mal, il s’empressa de la rassurer par des protestations de dévouement. Ces protestations n’étaient rien pour Mme Bonacieux; car de pareilles protestations peuvent se faire avec les plus mauvaises intentions du monde; mais la voix était tout. La jeune femme crut reconnaître le son de cette voix: elle rouvrit les yeux, jeta un regard sur l’homme qui lui avait fait si grand-peur, et, reconnaissant d’Artagnan, elle poussa un cri de joie.

«Oh! c’est vous, c’est vous! dit-elle; merci, mon Dieu!

— Oui, c’est moi, dit d’Artagnan, moi que Dieu a envoyé pour veiller sur vous.

— Était-ce dans cette intention que vous me suiviez?» demanda avec un sourire plein de coquetterie la jeune femme, dont le caractère un peu railleur reprenait le dessus, et chez laquelle toute crainte avait disparu du moment où elle avait reconnu un ami dans celui qu’elle avait pris pour un ennemi.

«Non, dit d’Artagnan, non, je l’avoue; c’est le hasard qui m’a mis sur votre route; j’ai vu une femme frapper à la fenêtre d’un de mes amis…

— D’un de vos amis? interrompit Mme Bonacieux.

— Sans doute; Aramis est de mes meilleurs amis.

— Aramis! qu’est-ce que cela?