«Pardon, si je vous quitte, ma chère madame Bonacieux, dit-il; mais, ne sachant pas que vous me viendriez voir, j’avais pris rendez-vous avec un de mes amis, je reviens à l’instant même, et si vous voulez m’attendre seulement une demi-minute, aussitôt que j’en aurai fini avec cet ami, je reviens vous prendre, et, comme il commence à se faire tard, je vous reconduis au Louvre.
— Merci, monsieur, répondit Mme Bonacieux: vous n’êtes point assez brave pour m’être d’une utilité quelconque, et je m’en retournerai bien au Louvre toute seule.
— Comme il vous plaira, madame Bonacieux, reprit l’ex-mercier. Vous reverrai-je bientôt?
— Sans doute; la semaine prochaine, je l’espère, mon service me laissera quelque liberté, et j’en profiterai pour revenir mettre de l’ordre dans nos affaires, qui doivent être quelque peu dérangées.
— C’est bien; je vous attendrai. Vous ne m’en voulez pas?
— Moi! pas le moins du monde.
— À bientôt, alors?
— À bientôt.»
Bonacieux baisa la main de sa femme, et s’éloigna rapidement.
«Allons, dit Mme Bonacieux, lorsque son mari eut refermé la porte de la rue, et qu’elle se trouva seule, il ne manquait plus à cet imbécile que d’être cardinaliste! Et moi qui avais répondu à la reine, moi qui avais promis à ma pauvre maîtresse… Ah! mon Dieu, mon Dieu! elle va me prendre pour quelqu’une de ces misérables dont fourmille le palais, et qu’on a placées près d’elle pour l’espionner! Ah! monsieur Bonacieux! je ne vous ai jamais beaucoup aimé; maintenant, c’est bien pis: je vous hais! et, sur ma parole, vous me le paierez!»