Tout alla bien jusqu’à Chantilly, où l’on arriva vers les huit heures du matin. Il fallait déjeuner. On descendit devant une auberge que recommandait une enseigne représentant saint Martin donnant la moitié de son manteau à un pauvre. On enjoignit aux laquais de ne pas desseller les chevaux et de se tenir prêts à repartir immédiatement.

On entra dans la salle commune, et l’on se mit à table. Un gentilhomme, qui venait d’arriver par la route de Dammartin, était assis à cette même table et déjeunait. Il entama la conversation sur la pluie et le beau temps; les voyageurs répondirent: il but à leur santé; les voyageurs lui rendirent sa politesse.

Mais au moment où Mousqueton venait annoncer que les chevaux étaient prêts et où l’on se levait de table l’étranger proposa à Porthos la santé du cardinal. Porthos répondit qu’il ne demandait pas mieux, si l’étranger à son tour voulait boire à la santé du roi. L’étranger s’écria qu’il ne connaissait d’autre roi que Son Éminence. Porthos l’appela ivrogne; l’étranger tira son épée.

«Vous avez fait une sottise, dit Athos; n’importe, il n’y a plus à reculer maintenant: tuez cet homme et venez nous rejoindre le plus vite que vous pourrez.»

Et tous trois remontèrent à cheval et repartirent à toute bride, tandis que Porthos promettait à son adversaire de le perforer de tous les coups connus dans l’escrime.

«Et d’un! dit Athos au bout de cinq cents pas.

— Mais pourquoi cet homme s’est-il attaqué à Porthos plutôt qu’à tout autre? demanda Aramis.

— Parce que, Porthos parlant plus haut que nous tous il l’a pris pour le chef, dit d’Artagnan.

— J’ai toujours dit que ce cadet de Gascogne était un puits de sagesse», murmura Athos.

Et les voyageurs continuèrent leur route.