Un cabinet avait été préparé pour le roi, et un autre pour Monsieur. Dans chacun de ces cabinets étaient déposés des habits de masques. Autant avait été fait pour la reine et pour Mme la présidente. Les seigneurs et les dames de la suite de Leurs Majestés devaient s’habiller deux par deux dans des chambres préparées à cet effet.
Avant d’entrer dans le cabinet, le roi recommanda qu’on le vînt prévenir aussitôt que paraîtrait le cardinal.
Une demi-heure après l’entrée du roi, de nouvelles acclamations retentirent: celles-là annonçaient l’arrivée de la reine: les échevins firent ainsi qu’ils avaient fait déjà et, précédés des sergents, ils s’avancèrent au devant de leur illustre convive.
La reine entra dans la salle: on remarqua que, comme le roi, elle avait l’air triste et surtout fatigué.
Au moment où elle entrait, le rideau d’une petite tribune qui jusque-là était resté fermé s’ouvrit, et l’on vit apparaître la tête pâle du cardinal vêtu en cavalier espagnol. Ses yeux se fixèrent sur ceux de la reine, et un sourire de joie terrible passa sur ses lèvres: la reine n’avait pas ses ferrets de diamants.
La reine resta quelque temps à recevoir les compliments de messieurs de la ville et à répondre aux saluts des dames.
Tout à coup, le roi apparut avec le cardinal à l’une des portes de la salle. Le cardinal lui parlait tout bas, et le roi était très pâle.
Le roi fendit la foule et, sans masque, les rubans de son pourpoint à peine noués, il s’approcha de la reine, et d’une voix altérée:
«Madame, lui dit-il, pourquoi donc, s’il vous plaît, n’avez-vous point vos ferrets de diamants, quand vous savez qu’il m’eût été agréable de les voir?»
La reine étendit son regard autour d’elle, et vit derrière le roi le cardinal qui souriait d’un sourire diabolique.