— Ma foi, dit en riant le jeune homme, je vous l’avoue, d’autant mieux, mon cher monsieur Bonacieux, que je vois qu’on ne peut rien vous cacher. Oui, j’étais attendu, et bien impatiemment, je vous en réponds.»
Un léger nuage passa sur le front de Bonacieux, mais si léger, que d’Artagnan ne s’en aperçut pas.
«Et nous allons être récompensé de notre diligence? continua le mercier avec une légère altération dans la voix, altération que d’Artagnan ne remarqua pas plus qu’il n’avait fait du nuage momentané qui, un instant auparavant, avait assombri la figure du digne homme.
— Ah! faites donc le bon apôtre! dit en riant d’Artagnan.
— Non, ce que je vous en dis, reprit Bonacieux, c’est seulement pour savoir si nous rentrons tard.
— Pourquoi cette question, mon cher hôte? demanda d’Artagnan; est-ce que vous comptez m’attendre?
— Non, c’est que depuis mon arrestation et le vol qui a été commis chez moi, je m’effraie chaque fois que j’entends ouvrir une porte, et surtout la nuit. Dame, que voulez-vous! je ne suis point homme d’épée, moi!
— Eh bien, ne vous effrayez pas si je rentre à une heure, à deux ou trois heures du matin; si je ne rentre pas du tout, ne vous effrayez pas encore.»
Cette fois, Bonacieux devint si pâle, que d’Artagnan ne put faire autrement que de s’en apercevoir, et lui demanda ce qu’il avait.
«Rien, répondit Bonacieux, rien. Depuis mes malheurs seulement, je suis sujet à des faiblesses qui me prennent tout à coup, et je viens de me sentir passer un frisson. Ne faites pas attention à cela, vous qui n’avez à vous occuper que d’être heureux.