— Non, monsieur, rassurez-vous, personne ne l’a vue», reprit d’Artagnan. Et il raconta à M. de Tréville comment les choses s’étaient passées.
«Oh! les femmes, les femmes! s’écria le vieux soldat, je les reconnais bien à leur imagination romanesque; tout ce qui sent le mystérieux les charme; ainsi vous avez vu le bras, voilà tout; vous rencontreriez la reine, que vous ne la reconnaîtriez pas; elle vous rencontrerait, qu’elle ne saurait pas qui vous êtes.
— Non, mais grâce à ce diamant…, reprit le jeune homme.
— Écoutez, dit M. de Tréville, voulez-vous que je vous donne un conseil, un bon conseil, un conseil d’ami?
— Vous me ferez honneur, monsieur, dit d’Artagnan.
— Eh bien, allez chez le premier orfèvre venu et vendez-lui ce diamant pour le prix qu’il vous en donnera; si juif qu’il soit, vous en trouverez toujours bien huit cents pistoles. Les pistoles n’ont pas de nom, jeune homme, et cette bague en a un terrible, ce qui peut trahir celui qui la porte.
— Vendre cette bague! une bague qui vient de ma souveraine! jamais, dit d’Artagnan.
— Alors tournez-en le chaton en dedans, pauvre fou, car on sait qu’un cadet de Gascogne ne trouve pas de pareils bijoux dans l’écrin de sa mère.
— Vous croyez donc que j’ai quelque chose à craindre? demanda d’Artagnan.
— C’est-à-dire, jeune homme, que celui qui s’endort sur une mine dont la mèche est allumée doit se regarder comme en sûreté en comparaison de vous.