— Et monsieur me laisse seul ici?

— Tu as peur, Planchet?

— Non, mais je fais seulement observer à monsieur que la nuit sera très froide, que les fraîcheurs donnent des rhumatismes, et qu’un laquais qui a des rhumatismes est un triste serviteur, surtout pour un maître alerte comme monsieur.

— Eh bien, si tu as froid, Planchet, tu entreras dans un de ces cabarets que tu vois là-bas, et tu m’attendras demain matin à six heures devant la porte.

— Monsieur, j’ai bu et mangé respectueusement l’écu que vous m’avez donné ce matin; de sorte qu’il ne me reste pas un traître sou dans le cas où j’aurais froid.

— Voici une demi-pistole. À demain.»

D’Artagnan descendit de son cheval, jeta la bride au bras de Planchet et s’éloigna rapidement en s’enveloppant dans son manteau.

«Dieu que j’ai froid!» s’écria Planchet dès qu’il eut perdu son maître de vue; — et pressé qu’il était de se réchauffer, il se hâta d’aller frapper à la porte d’une maison parée de tous les attributs d’un cabaret de banlieue.

Cependant d’Artagnan, qui s’était jeté dans un petit chemin de traverse, continuait sa route et atteignait Saint-Cloud; mais, au lieu de suivre la grande rue, il tourna derrière le château, gagna une espèce de ruelle fort écartée, et se trouva bientôt en face du pavillon indiqué. Il était situé dans un lieu tout à fait désert. Un grand mur, à l’angle duquel était ce pavillon, régnait d’un côté de cette ruelle, et de l’autre une haie défendait contre les passants un petit jardin au fond duquel s’élevait une maigre cabane.

Il était arrivé au rendez-vous, et comme on ne lui avait pas dit d’annoncer sa présence par aucun signal, il attendit.