La fenêtre se rouvrit lentement, et la même figure apparut de nouveau: seulement elle était plus pâle encore que la première fois.

D’Artagnan raconta naïvement son histoire, aux noms près; il dit comment il avait rendez-vous avec une jeune femme devant ce pavillon, et comment, ne la voyant pas venir, il était monté sur le tilleul et, à la lueur de la lampe, il avait vu le désordre de la chambre.

Le vieillard l’écouta attentivement, tout en faisant signe que c’était bien cela: puis, lorsque d’Artagnan eut fini, il hocha la tête d’un air qui n’annonçait rien de bon.

«Que voulez-vous dire? s’écria d’Artagnan. Au nom du Ciel! voyons, expliquez-vous.

— Oh! monsieur, dit le vieillard, ne me demandez rien; car si je vous disais ce que j’ai vu, bien certainement il ne m’arriverait rien de bon.

— Vous avez donc vu quelque chose? reprit d’Artagnan. En ce cas, au nom du Ciel! continua-t-il en lui jetant une pistole, dites, dites ce que vous avez vu, et je vous donne ma foi de gentilhomme que pas une de vos paroles ne sortira de mon coeur.»

Le vieillard lut tant de franchise et de douleur sur le visage de d’Artagnan, qu’il lui fit signe d’écouter et qu’il lui dit à voix basse:

«Il était neuf heures à peu près, j’avais entendu quelque bruit dans la rue et je désirais savoir ce que ce pouvait être, lorsqu’en m’approchant de ma porte je m’aperçus qu’on cherchait à entrer. Comme je suis pauvre et que je n’ai pas peur qu’on me vole, j’allai ouvrir et je vis trois hommes à quelques pas de là. Dans l’ombre était un carrosse avec des chevaux attelés et des chevaux de main. Ces chevaux de main appartenaient évidemment aux trois hommes qui étaient vêtus en cavaliers.

«— Ah, mes bons messieurs! m’écriai-je, que demandez-vous?

«— Tu dois avoir une échelle? me dit celui qui paraissait le chef de l’escorte.