— Va pour un coup», dit d’Artagnan.
Athos se mit en quête de l’Anglais et le trouva dans l’écurie, où il examinait les harnais d’un oeil de convoitise. L’occasion était bonne. Il fit ses conditions: les deux harnais contre un cheval ou cent pistoles, à choisir. L’Anglais calcula vite: les deux harnais valaient trois cents pistoles à eux deux; il topa.
D’Artagnan jeta les dés en tremblant et amena le nombre trois; sa pâleur effraya Athos, qui se contenta de dire:
«Voilà un triste coup, compagnon; vous aurez les chevaux tout harnachés, monsieur.»
L’Anglais, triomphant, ne se donna même la peine de rouler les dés, il les jeta sur la table sans regarder, tant il était sûr de la victoire; d’Artagnan s’était détourné pour cacher sa mauvaise humeur.
«Tiens, tiens, tiens, dit Athos avec sa voix tranquille, ce coup de dés est extraordinaire, et je ne l’ai vu que quatre fois dans ma vie: deux as!»
L’Anglais regarda et fut saisi d’étonnement, d’Artagnan regarda et fut saisi de plaisir.
«Oui, continua Athos, quatre fois seulement: une fois chez M. de Créquy; une autre fois chez moi, à la campagne, dans mon château de… quand j’avais un château; une troisième fois chez M. de Tréville, où il nous surprit tous; enfin une quatrième fois au cabaret, où il échut à moi et où je perdis sur lui cent louis et un souper.
— Alors, monsieur reprend son cheval, dit l’Anglais.
— Certes, dit d’Artagnan.