Et ayant mis trois ou quatre doubles pistoles dans sa poche pour répondre aux besoins du moment, il enferma les autres dans le coffre d’ébène incrusté de nacre, où était déjà le fameux mouchoir qui lui avait servi de talisman.

Les deux amis se rendirent d’abord chez Athos, qui, fidèle au serment qu’il avait fait de ne pas sortir, se chargea de faire apporter à dîner chez lui: comme il entendait à merveille les détails gastronomiques, d’Artagnan et Aramis ne firent aucune difficulté de lui abandonner ce soin important.

Ils se rendaient chez Porthos, lorsque, au coin de la rue du Bac, ils rencontrèrent Mousqueton, qui, d’un air piteux, chassait devant lui un mulet et un cheval.

D’Artagnan poussa un cri de surprise, qui n’était pas exempt d’un mélange de joie.

«Ah! mon cheval jaune! s’écria-t-il. Aramis, regardez ce cheval!

— Oh! l’affreux roussin! dit Aramis.

— Eh bien, mon cher, reprit d’Artagnan, c’est le cheval sur lequel je suis venu à Paris.

— Comment, monsieur connaît ce cheval? dit Mousqueton.

— Il est d’une couleur originale, fit Aramis; c’est le seul que j’aie jamais vu de ce poil-là.

— Je le crois bien, reprit d’Artagnan, aussi je l’ai vendu trois écus, et il faut bien que ce soit pour le poil, car la carcasse ne vaut certes pas dix-huit livres. Mais comment ce cheval se trouve- t-il entre tes mains, Mousqueton?