— Eh bien, dit Milady d’une voix tremblante, pourquoi n’entre-t- il pas? Comte, comte, ajouta-t-elle, vous savez bien que je vous attends!»

À cet appel, d’Artagnan éloigna doucement Ketty et s’élança dans la chambre de Milady.

Si la rage et la douleur doivent torturer une âme, c’est celle de l’amant qui reçoit sous un nom qui n’est pas le sien des protestations d’amour qui s’adressent à son heureux rival.

D’Artagnan était dans une situation douloureuse qu’il n’avait pas prévue, la jalousie le mordait au coeur, et il souffrait presque autant que la pauvre Ketty, qui pleurait en ce même moment dans la chambre voisine.

«Oui, comte, disait Milady de sa plus douce voix en lui serrant tendrement la main dans les siennes; oui, je suis heureuse de l’amour que vos regards et vos paroles m’ont exprimé chaque fois que nous nous sommes rencontrés. Moi aussi, je vous aime. Oh! demain, demain, je veux quelque gage de vous qui me prouve que vous pensez à moi, et comme vous pourriez m’oublier, tenez.»

Et elle passa une bague de son doigt à celui de d’Artagnan.

D’Artagnan se rappela avoir vu cette bague à la main de Milady: c’était un magnifique saphir entouré de brillants.

Le premier mouvement de d’Artagnan fut de le lui rendre, mais Milady ajouta:

«Non, non; gardez cette bague pour l’amour de moi. Vous me rendez d’ailleurs, en l’acceptant, ajouta-t-elle d’une voix émue, un service bien plus grand que vous ne sauriez l’imaginer.»

«Cette femme est pleine de mystères», murmura en lui-même d’Artagnan.