— La voici», répondit d’Artagnan en la tirant de son doigt.

Athos l’examina et devint très pâle, puis il l’essaya à l’annulaire de sa main gauche; elle allait à ce doigt comme si elle eût été faite pour lui. Un nuage de colère et de vengeance passa sur le front ordinairement calme du gentilhomme.

«Il est impossible que ce soit la même, dit-il; comment cette bague se trouverait-elle entre les mains de Milady Clarick? Et cependant il est bien difficile qu’il y ait entre deux bijoux une pareille ressemblance.

— Connaissez-vous cette bague? demanda d’Artagnan.

— J’avais cru la reconnaître, dit Athos, mais sans doute que je me trompais.»

Et il la rendit à d’Artagnan, sans cesser cependant de la regarder.

«Tenez, dit-il au bout d’un instant, d’Artagnan, ôtez cette bague de votre doigt ou tournez-en le chaton en dedans; elle me rappelle de si cruels souvenirs, que je n’aurais pas ma tête pour causer avec vous. Ne veniez-vous pas me demander des conseils, ne me disiez-vous point que vous étiez embarrassé sur ce que vous deviez faire?… Mais attendez… rendez-moi ce saphir: celui dont je voulais parler doit avoir une de ses faces éraillée par suite d’un accident.»

D’Artagnan tira de nouveau la bague de son doigt et la rendit à Athos.

Athos tressaillit:

«Tenez, dit-il, voyez, n’est-ce pas étrange?»